Il existe dans l'Église un état de nécessité

Article du « Courrier de Rome » N° 285 - Septembre 1988

Il existe réellement dans l'Église un état de nécessité

Il existe un état de nécessité pour les âmes qui ont le droit de recevoir du clergé les biens nécessaires au salut, particulièrement la doctrine et les Sacrements (89). Il existe un droit de nécessité pour les séminaristes qui ont le droit de recevoir une saine formation sacerdotale particulièrement dans le domaine doctrinal.

Pour les âmes

A celui qui voudrait nier l'existence d'un état de nécessité il incomberait de prouver que la foi et la transmission de la foi dans le peuple chrétien ne sont pas sérieusement et gravement menacées :
 

  1. par les nouveaux catéchismes approuvés et imposés par les Conférences épiscopales ;
     
  2. par les homélies, par les mass media catholiques et notamment par la soi-disant « presse catholique » (90) qui attaque, met en doute ou nie les vérités de foi et les principes de la morale catholique sans en excepter aucun ;
     
  3. par les initiatives « oecuméniques » de masse, prônées à tous les niveaux de la hiérarchie, initiatives qui répandent l'indifférentisme religieux qui est « une des hérésies les plus délétères » (91) ;
     
  4. par la nouvelle liturgie, particulièrement par le nouveau rite de la Messe qu'un anglican converti, Julien Green, a défini comme « une imitation assez grossière du service anglican » (92) et que les calvinistes de Taizé estiment utilisable même pour la « cène » protestante.

Il devrait surtout démontrer que cette orientation nouvelle n'est ni voulue, ni favorisée ou permise d'en haut, ou, pour le moins, établir que, même si au cours des derniers 20 ans avaient été infligées toutes les peines prévues par le Droit canonique pour les « délits contre la foi » (93) on en serait quand même arrivé aux événements pour lesquels on déclare aujourd'hui, indûment, que Mgr Lefebvre a encouru une peine pour un « délit » accompli dans l'exercice de son pouvoir d'ordre (94).

Cette démonstration étant impossible, il ne reste plus, à qui s'entête à nier un état de nécessité, qu'à contredire le Saint Esprit (95), en affirmant qu'il est possible de plaire à Dieu... même sans la foi !

Aux minimalistes enfin, qui objectent que tout n'est pas si complètement délabré, nous rappellerons que, en matière de foi, celui qui met en doute ou nie une seule vérité révélée ou connexe à la Révélation, met en doute ou nie la Révélation toute entière (96).

Pour les séminaristes

Celui qui voudrait nier l'existence d'un état de nécessité pour ceux qui sont appelés au Sacerdoce catholique, devrait établir :
 

  1. que les Séminaires n'ont pas été quasiment tous fermés et/ou vendus ;
     
  2. que les Séminaires qui subsistent fournissent aux futurs prêtres une formation doctrinale (pour ne pas parler de la formation morale et spirituelle) authentiquement catholique, indemne de libéralisme, de modernisme, d'oecuménisme et d'hérésies de toutes espèces.
     
  3. que les deux tentatives entreprises par le Vatican pour offrir, une alternative valable, à Rome même, à ceux des séminaristes ayant quitté Mgr Lefebvre, n'ont pas fait le misérable naufrage que la presse rappelait encore ces jours-ci ;
     
  4. que dans les Instituts et les Universités catholiques et dans les Universités pontificales romaines elles-mêmes, ne s'enseigne pas une théologie morale immorale ni une théologie dogmatique qui nie jusqu'aux dogmes fondamentaux de la Foi catholique (Résurrection, divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ, etc.).

Cette démonstration étant impossible, il ne reste plus alors qu'à déclarer que la formation des futurs prêtres est chose qui n'importe pas à l'Église de Dieu.

Suite de l'étude


(89)     Can. 682 ancien Code de Droit Canonique et can. 213 du nouveau Code, qui dit : « Les fidèles ont le droit de recevoir de la part des Pasteurs sacrés l'aide provenant des biens spirituels de l'Église, surtout de la parole de Dieu et des sacrements. »

(90)     En première ligne, pour l'Italie, la Civiltà Cattolica avec ses éditoriaux, Famiglia Cristiana, vendue dans les églises, ainsi que de nombreux bulletins paroissiaux.

(91)     Robert-Palazzini : Dizionario di teologia morale, éd. Studium, Rome.

(92)     Julien Green : Ce qu'il faut d'amour à l'homme.

(93)     Livre IV, He partie, titre 1.

(94)     Ibidem, titre III.

(95)     Heb. Il, 6.

(96)     Saint-Thomas, Ha-Hœ q. 5 a. 3.


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