founder

Le pape Pie XII nomme ce prêtre missionnaire de 42 ans archevêque de Dakar, au Sénégal, puis délégué apostolique du Saint-Siège pour l'Afrique francophone. En 1962, il est élu Supérieur de la congrégation du Saint-Esprit, qui compte plus de 5000 prêtres. Le pape Jean XXIII le nomme membre de la commission préparatoire du concile Vatican II. Cependant, en 1968, il démissionne de sa fonction de supérieur général, et en 1970, il fonde à Ecône (Suisse) la Fraternité sacerdotale saint Pie X. Celle-ci lui vaut une célébrité mondiale en raison de son attachement à la "messe en latin" et de son opposition à certaines innovations du concile Vatican II (1962-1965). En 1988, il ordonne quatre évêques à Ecône, en dépit de l'interdiction du pape Jean-Paul II. Quel est donc le secret du rayonnement de cet homme ? Au long d'une biographie fascinante, se dévoile peu à peu le mystère d'un homme hors du commun, qui ne fut si extraordinairement sûr de lui que parce qu'il fut absolument sûr de Dieu.

Marcel Lefebvre est né dans le nord de la France, à Tourcoing, le 29 novembre 1905, le troisième de huit enfants. Les cinq aînés se consacreront à Dieu : deux prêtres et trois religieuses. Marcel est baptisé le lendemain de sa naissance. Il reçoit une éducation profondément catholique au sein d’une famille pieuse de la bourgeoisie industrielle. Son père dirige une filature de laine. Il fait sa première communion le 25 décembre 1911. Membre de la Croisade eucharistique des enfants, il devient Croisé en 1920.

Formation au sacerdoce

Le 25 octobre 1923, le jeune Marcel entre au Séminaire français de Rome, alors dirigé par le père Henri Le Floch. Il est tonsuré le 19 septembre 1925 dans l’église du Séminaire romain du Latran, par Mgr Giuseppe Palica. Il reçoit les ordres mineurs de portier et de lecteur le 20 mars 1926 des mains du cardinal Pompilj en la basilique Saint-Jean du Latran. Les ordres mineurs d’exorciste et d’acolyte lui sont conférés le 3 avril 1926.

Marcel Lefebvre doit interrompre sa formation sacerdotale pour accomplir son service militaire en France. Après ses classes au camp de Mourmelon, il est affecté en décembre 1926 au 509e régiment de chars légers de Valenciennes avec le grade de sergent. Il reprend ses études au Séminaire français de Rome le 17 novembre 1927. L’établissement est désormais dirigé par le père César Berthet. De 1927 à 1930, Marcel Lefebvre y sera grand cérémoniaire. Il est fait sous-diacre par Mgr Carlo Raffaele Rossi le 30 mars 1929, au séminaire du Latran, et finalement reçoit le diaconat le 25 mai 1929 des mains du cardinal Pompilj, en la basilique Saint-Jean du Latran. Parallèlement il achève ses études ecclésiastiques à l’Université pontificale grégorienne, où il obtient ses doctorats de philosophie et de théologie.

Marcel Lefebvre est ordonné prêtre le 21 septembre 1929 par Mgr Liénart en la chapelle Notre-Dame du Sacré-Cœur à Lille. L’abbé Lefebvre est nommé vicaire dans la banlieue lilloise, à Lomme. Désireux de se faire missionnaire auprès des noirs, il entre en 1931 au noviciat de la Congrégation des Pères du Saint-Esprit où il prononce sa profession religieuse le 8 septembre 1932. Il s’embarque le 12 novembre 1932 pour le Gabon.

Missionnaire au Gabon

Il est d’abord chargé par l’évêque de Libreville, Mgr Tardy, de la formation des prêtres africains au séminaire de Libreville, où il enseigne la théologie dogmatique et l’Ecriture sainte. En 1934 il prend la direction du séminaire. Le 28 septembre 1935 il prononce ses vœux perpétuels de religion. Trois ans plus tard il est envoyé en brousse, pour évangéliser plusieurs secteurs autour de Donguila, Lambaréné et N’djolé. Il y apprend la langue locale, le Fang. Le père Marcel est ainsi supérieur de diverses missions au Gabon jusqu’en 1945, date à laquelle il est appelé par le Provincial de France. 

Entre-temps, Marcel Lefebvre a perdu sa mère, qui mourut saintement en 1938, ainsi que son père, René Lefebvre, arrêté en 1941 par la Gestapo pour ses activités dans la résistance. Il mourut en février 1944 au bagne de Sonnenburg, le chapelet à la main, victime de la démence nazie.

Evêque en Afrique noire

Le 16 octobre 1945 l’abbé Marcel Lefebvre est nommé directeur du scolasticat de philosophie à Mortain, en Normandie, où s’occupe à nouveau de la formation des futurs prêtres. Mais, le 12 juin 1947, le pape Pie XII le nomme vicaire apostolique de Dakar. Il est sacré évêque par le cardinal Liénart, évêque de Lille, le 18 septembre 1947, dans sa paroisse natale Notre-Dame de Tourcoing. Monseigneur Marcel Lefebvre prend ses fonctions à Dakar le 16 novembre 1947.L’année suivante, le 22 septembre 1948, le pape le nomme délégué apostolique pour

l’Afrique noire francophone, soit 18 pays. Pendant 15 années, il va refaire à grande échelle le travail missionnaire des années gabonaises, fondant partout de nouveaux diocèses, des séminaires, des écoles et des couvents. Très uni à Pie XII, il vient à Rome au moins une fois par an pour lui rendre compte de son action et recevoir ses directives. Le Pasteur angélique le choisit pour devenir le premier archevêque de Dakar, où Mgr Lefebvre est intronisé solennellement par le cardinal Tisserant le 14 septembre 1955. Il reçoit le pallium le 12 juin  1958.
Après l’élection de Jean XXIII, Mgr Lefebvre est relevé de sa charge de Délégué apostolique, mais reste archevêque de Dakar. Président de la Conférence épiscopale de l’Ouest africain, il est appelé le 5 juin 1960 à siéger à la Commission centrale préparatoire du Concile que le pape a annoncé au monde l’année précédente. Le 15 novembre 1960 le pape le nomme Assistant au Trône pontifical. L’année suivante il est nommé évêque de Tulle en France, siège dont il prend possession le 23 janvier 1962. Mgr Lefebvre quitte l’Afrique après y avoir organisé 21 nouveaux diocèses.

Evêque de Tulle puis Supérieur général des Spiritains

A Tulle, la situation est sombre, les vocations en baisse, tout comme la pratique religieuse. Les prêtres vivent dans la misère et se découragent. Mgr Lefebvre se met au travail, recevant chacun de ses prêtres avec beaucoup de bonté, les visitant et les encourageant, leur montrant l’importance de leur messe bien célébrée, quand bien même peu de fidèles y assisteraient. Cependant, après seulement six mois, l’archevêque est appelé à Rome où la Congrégation des Pères du Saint-Esprit vient de l’élire comme Supérieur général, le 26 juillet août 1962. Le pape l’honore alors du titre d’archevêque de Synnada, en Phrygie (aujourd’hui Şuhut, en Turquie).

Très impressionné par la différence entre la mission florissante qu’il quittait et la désolation qu’il trouvait en France, il comprend que l’abandon de la soutane va de pair avec bien d’autres abandons inspirés par la sécularisation et la laïcité ambiantes, et surtout par le mirage trompeur de « l’ouverture au monde », si contraire au véritable zèle missionnaire.
Le 26 juillet 1962 Mgr Lefebvre est élu Supérieur général de la Congrégation des Pères du Saint-Esprit. Peu après s’ouvre le concile Vatican II, le 11 octobre 1962.
Le concile Vatican II

Mgr Lefebvre participe à toutes les sessions du Concile, et prend activement part au Coetus Internationalis Patrum, groupe dont il assure la présidence. Lors des débats, cette assemblée s’oppose vaillamment aux novateurs et à la prépondérance libérale qui se fait sentir dans l’aula conciliaire.

L’après-Concile justifia pleinement les appréhensions des conservateurs, surtout à partir de l’application des réformes. Les paroisses se vident, la vie religieuse et sacerdotale dépérit, les couvents et les séminaires ferment faute de vocations. La Congrégation des Pères du Saint-Esprit, forte de plus de 5000 membres et d’une soixantaine d’évêques, n’échappe pas à la tourmente. Pour ne pas avoir à signer un « aggiornamento » qu’il prévoit catastrophique, Mgr Lefebvre donne sa démission de Supérieur général au cours du Chapitre exceptionnel qui s’ouvre à Rome le 8 septembre 1968. Il ne peut couvrir de son autorité les bouleversements dans la vie religieuse et liturgique qui doivent s’appliquer au nom de « l’esprit du Concile ».

La fondation de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

Mgr Lefebvre demeure consulteur à la Sacrée Congrégation de la Propagande de la Foi (il le restera jusqu’en 1972) et vit retiré à Rome, rue Casalmonferrato, près de la via Tusculane. Il reçoit la visite de jeunes gens désemparés désireux de recevoir une formation sacerdotale conforme à la Tradition de l’Eglise. Il les oriente vers l’Université de Fribourg en Suisse, dont l’enseignement demeure correct. C’est ainsi que, le 13 octobre 1969, il ouvre un « convict international Saint- Pie X » avec les encouragements de l’évêque du lieu, Mgr François Charrière.
Désireux d’introduire une année de spiritualité avant d’aborder les études proprement ecclésiastiques, Mgr Lefebvre acquiert l’année suivante un domaine à Ecône, en Valais. Ancienne propriété des Chanoines du Grand Saint-Bernard, cette maison ouvre ses portes le 1er octobre 1970, avec l’autorisation de l’évêque du lieu, Mgr Nestor Adam.

Un mois plus tard, le 1er novembre 1970, naît officiellement la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, approuvée et érigée par Mgr Charrière, évêque de Genève, Lausanne et Fribourg. Le 18 février 1971, l’œuvre fait l’objet d’un décret de louanges du préfet de la Sacrée Congrégation du Clergé, le cardinal Wright.

Mgr Lefebvre refusant les réformes conciliaires, en particulier la nouvelle messe promulguée par Paul VI, les candidats affluent au séminaire et les premières tensions voient le jour, surtout avec les évêques français qui croient pouvoir dénoncer un « séminaire sauvage », malgré toutes les approbations dont jouit la Fraternité.

En 1973, avec l’aide de sa sœur, Mère Marie Gabriel, religieuse du Saint-Esprit, Mgr Lefebvre fonde la société des Sœurs de la Fraternité Saint-Pie X pour accueillir les jeunes filles désireuses de se consacrer à Dieu. Bientôt une branche de Frères de la Fraternité est érigée, ainsi que celle des Sœurs Oblates.

Le 21 novembre 1974, à la suite de la visite du séminaire, Mgr Lefebvre rend publique une déclaration où il proclame : « Nous adhérons de tout cœur, de toute notre âme à la Rome catholique, gardienne de la foi catholique et des traditions nécessaires au maintien de cette foi, à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité. Nous refusons par contre et avons toujours refusé de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante qui s’est manifestée clairement dans le concile Vatican II et après le concile dans toutes les réformes qui en sont issues. »

Le 6 mai 1975, le successeur de Mgr Charrière retire l’approbation de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Mgr Lefebvre tente en vain de faire recours de la décision. L’année suivante, le 1er juillet 1976, il est déclaré suspens a divinis par le pape Paul VI pour avoir continué à ordonner des prêtres. L’été voit la résistance à « l’autodémolition de l’Eglise » prendre une ampleur mondiale.

Mgr Lefebvre espère beaucoup de l’élection d’un nouveau pape en la personne de Jean-Paul II, le 16 octobre 1978. Il est reçu en audience moins d’un mois plus tard, le 18 novembre 1978. Les discussions doctrinales avec le cardinal préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, Joseph Ratzinger, n’aboutiront pas.

En 1982 Mgr Lefebvre abandonne la charge de Supérieur général qui est confiée à Monsieur l’abbé Franz Schmidberger.

Le 21 novembre 1983, Mgr Lefebvre publie avec Mgr de Castro Mayer, évêque de Campos au Brésil, un manifeste épiscopal dans lequel il dénonce « les principales erreurs de l’ecclésiologie conciliaire » : conception latitudinariste et œcuménique de l’Eglise ; gouvernement collégial et démocratique ; faux droits naturels de l’Homme ; conception erronée du pouvoir du pape ; conception protestante de la Messe ; libre-diffusion des erreurs et des hérésies. Les deux évêques concluent leur appel par ces paroles : « Il est temps que l’Eglise recouvre sa liberté de réaliser le Règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ et le Règne de Marie sans se préoccuper de ses ennemis ».

Deux ans plus tard, Mgr Lefebvre écrit aux cardinaux pour proteste contre la tenue de l’assemblée interreligieuse d’Assise (27 octobre 1986). En 1987 la réponse des autorités romaines aux doutes sur la nouvelle doctrine de la liberté religieuse le convainc de la gravité des principes libéraux qui guident désormais le Saint-Siège. Malgré une tentative d’obtenir une reconnaissance canonique en 1987-1988, et devant l’insuffisance des garanties proposées par Rome pour assurer la pérennité de son œuvre sacerdotale, Mgr Lefebvre sacre quatre évêques à Ecône le 30 juin 1988.

Malade, il meurt le 25 mars 1991 à l’hôpital de Martigny. Il est solennellement enterré à Ecône le 2 avril, où il repose dans le caveau du séminaire. 
Selon son désir a été écrit sur sa tombe le mot de saint Paul : « Tradidi quod et accepi » (1 Cor. 11, 23), « j’ai transmis ce que j’ai reçu ».